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Le monde terrifiant de l’audit vu depuis les coulisses (suite et fin)

Dans notre précédent article, nous avions commencé à vous raconter rapidement l’histoire décrite par le petit Charles-Antoine dans son livre-témoignage sur les coulisses de l’audit. Nous venions de nous arrêter alors qu’il se présentait devant les portes des imposants bureaux de PWC à Neuilly-sur-Seine pour son premier jour de boulot.

Par pudeur, nous ne nous étendrons pas sur la violence inouïe à laquelle il fut d’emblée confrontée lors de ses tout premiers jours dans ce milieu de harpies. L’horreur impitoyable de ce monde sans scrupule ne peut décemment pas être rapportée dans un article d’un journal grand public comme le nôtre, au risque de choquer les lecteurs. Ceux d’entre vous qui sont intéressés par les descriptions sordides de torture psychologique et de bizutages dans le monde du travail sont invités bien entendu à acheter le livre, en vente dans toutes les bonnes librairies.

En substance, nous pouvons simplement conclure que Charles-Antoine déchanta vite. La goutte d’eau qui fit déborder le vase, et qui cassa définitivement quelque chose dans les rêves de cette pauvre âme se produisit vers la fin de son 3e mois de travail. Alors que Charles-Antoine travaillait dur au sein de son équipe d’audit, dans des locaux immondes situés sous les combles d’un immeuble miteux, en train d’auditer ce qui, pourtant, étaient les comptes d’un fonds de placement d’un client extrêmement prestigieux, et alors qu’il était déjà 21h et que Charles-Antoine commençait à espérer pourvoir bientôt rentrer chez lui, le drame se produisit. La « senior en charge » (= la petite pétasse de 23 ans qui a réussi à survivre 2 ans dans cet enfer en couchant avec ses managers pour finalement devenir senior et pouvoir martyriser les pauvres juniors comme Charles-Antoine), la senior donc, vient trouver son innocente victime avec un sourire sadique : « Dis-moi, Charles-Antoine, tu connais bien les fonds d’investissement maintenant, hein. Tu aimerais travailler sur la partie la plus importante, le portefeuille d’investissements ?
- (Se sentant bêtement flatté de travailler sur quelque chose de soi-disant important) Eh mais oui, super ! merci, merci ! Que dois-je faire exactement ?
- Simple, tu vas vérifier l’existence et l’exhaustivité du portefeuille…
- Houlà, ça a l’air compliqué dis donc. Je dois me documenter ou quoi, avant ? Y a des bouquins de référence ?
- Non c’est très simple rassures-toi. » Montrant un tas de papier de 50cm de haut, la senior continua : « Tu vois le tas de feuilles, là, avec plein de lignes écris tout petit ? ben tu prends chaque montant qui figure sur chaque page, tu vérifies que c’est ok avec le montant sur la page en face, sur l’autre tas de 50 cm, là-bas, et si c’est bon, ben tu mets un petit ‘tick’ en regard… »
Là, le pauvre Charles-Antoine, qui jusque-là arborait le sourire béat de tous les auditeurs financiers, sentit son cœur se serrer. Son sourire se transforma en rictus hideux, puis disparut tout à fait. « Et il faut que je termine ça pour quand ? » demanda-t-il à la senior ? Le sourire de sale hyène de celle-ci s’élargit, trop contente en tant que fille frustrée en manque d’affection de pouvoir abuser de son autorité et se venger contre un homme, plus grand qu’elle en plus : « Mais pour ce soir, bien sûr ! »

Charles-Antoine ne se rappela plus très bien se qui se passa ensuite, car entre ce moment et son réveil à l’hôpital seul un trou noir vide subsistait. Il comprit alors que jamais, non jamais tant qu’il resterait dans ce métier il ne pourrait avoir une vie normale, et un travail intéressant et intelligent. Il comprit que dans ce boulot, seule la lie de l’humanité peut survivre et progresser. Il donna alors rapidement sa démission, et commença une nouvelle vie. La suite, vous la découvrirez vous-même dans son livre, qui au-delà du témoignage sur les coulisses sordides d’un métier nauséabond, montre qu’il n’est jamais trop tard pour changer d’avis et retrouver le droit chemin.

Article initialement paru dans le figaro littéraire

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